
Par Flore KAYALA MUKALA
Considérée comme un scandale géologique, la RDC dispose d’un potentiel immense en ressources naturelles particulièrement stratégiques dont le cuivre, le cobalt, l’or, le lithium et les 3T. En dépit de ce potentiel exceptionnel les défis de gouvernance persistent : Fraude, exploitation artisanale incontrôlée , faible traçabilité, manque de transparence dans la collecte des recettes , corruption et accès limité aux données publiques.
Dans son rapport publié en 2021, l’Intergovernmental Forum on Mining (IGF) a révélé que l’industrie minière dispose de plus en plus de nouvelles technologies minières, lui conférant non seulement une efficacité et une productivité accrues, mais apportant également des changements en profondeur dans les domaines de la santé et de la sécurité ainsi qu’une protection de l’environnement. D’après ce rapport, l’exploitation minière en République démocratique du Congo (RDC), est encore fortement associée à l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE), connue pour ses faibles niveaux de mécanisation ; d’autre part, les producteurs miniers industriels ou à grande échelle.
Une question se pose: La technologie est-elle devenue une nécessité incontournable pour améliorer la gouvernance minière en RDC? A travers cette tribune plusieurs voix impliquées dans la gouvernance minière en RDC s’expriment:
Léon Kayembe Analyste politique (Nom d’emprunt) : » Aujourd’hui gérer un secteur aussi stratégique que les mines sans digitalisation revient à naviguer sans boussole. Les administrations minières doivent pouvoir suivre en temps réel les permis , la production , les exportations et les paiements fiscaux. Sans bases de données fiables et interconnectées , nous laissons trop d’espace aux irrégularités ». A en croire les propos de l’analyste, la modernisation du secteur minier doit passer par la numérisation du cadastre minier, la centralisation des données et la transparence des flux financiers.
Christian Vangu (Nom d’emprunt) entrepreneur en solutions numériques : « La technologie n’est plus un luxe. Des outils comme la blockchain, la géolocalisation , les drones ou encore les plateformes de déclaration en ligne peuvent réduire considérablement la fraude et améliorerla traçabilité des minerais. La vraie question n’est plus : Faut-il y aller? mais comment accélérer l’adoption ? » L’entrepreneur insiste sur l’importance de développer des solutions adaptées aux réalités congolaises.
Sarah Byamungu (Nom d’emprunt) actrice sociale : » La technologie peut être un puissant outil de transparence , mais elle ne doit pas exclure les communautés locales. Si les plateformes numériques restent inaccessibles aux citoyens , on risque simplement de déplacer les inégalités. L’innovation doit aussi être inclusive » L’actrice sociale plaide pour des outils accessibles en langues locales et des mécanismes participatifs de suivi citoyen.

Aimé Butotima (Nom d’emprunt) membre d’une coopérative minière: » Il faut éviter une gouvernance technologique excluante. Beaucoup d’exploitants artisannaux n’ont pas accès aux smartphones performants, à internet stable, aux formations numériques. Si la technologie devient une barrière supplémentaire , elle aggravera la marginalisation de l’artisanat minier. Il faut une inclusion progressive. »
Anne Mulembwa (Nom d’emprunt) responsable conformité dans une entreprise minière: » Les investisseurs internationaux accordent désormais une importance capitale à la trçabilité. Les outils technologiques comme système GPS pour le suivi logistique et les plateformes de reporting ESG deviennent des standards internationaux. Sans adaptation technologique, la RDC risque de perdre en compétitivité sur certains marchés exigeants ».
Et d’ajouter
« Nous reconnaissons l’importance de la technologie mais la réalité institutionelle reste complexe. L’insuffisance d’infrastructures numériques; faible connectivité dans plusieurs zones minières; manque de formation du personnel administratif; budget limité pour la modernisation des services. Avant d’exiger une gouvernance 100% digitale , il faut investir dans les capacités humaines et logistiques ». Poursuit-elle
Jean Crysostome Bula (Nom d’emprunt) agent d’une ETD: « Lorqu’on parle de gouvernance minière, il ne faut pas oublier les collectivités territoriales qui accueillent les projets miniers. Les ETD sont censées bénéficier de certains paiements dont les contributions au développement communautaire malheureusement nous rencontrons des difficultés sur l’exactitude des montants transférés , la faible traçabilité des fonds reçus parce que nous ne disposons pas d’outils de suivi budgétaire digitalisés. Avec la technologie, la gestion pourra être améliorée à travers des plateformes numériques de suivi par exemple. Et pourquoi pas la publication digitale des recettes reçues? je pense qu’une gouvernance minière efficace doit aussi commencer par une gouvernnace locale transparente. »
De leur côté, les entreprises minières influentes pensent que la technologie n’est plus une option mais une exigence opérationelle et stratégique.
Hugues Mulang Kashama (Nom d’emprunt) cadre d’une grande entreprise de cobalt a déclaré: « Aujourd’hui, nous utilisons déjà plusieurs outils technologiques pour optimiser la production, assurer la sécurité des travailleurs, renforcer la traçabilité des minerais, améliorer le reporting environnemental et social. Dans un contexte mondial marqué par des exigences accrues en matière de diligence raisonnable , les partenaires internationaux demandent des garanties solides sur l’origine des minerais. Cependant l’efficacité de ces outils dépend aussi de l’interconnexion avec les systèmes publics. Si l’administration minière, les régies financières et nous entreprises utilisons des plateformes non harmonisées les gains resteront limités. Il devient donc donc nécessaire de construire un écosystème numérique intégré entre l’Etat, les entreprises et les autres parties prenantes ».
La technologie est devenue un levier essentiel de transparence, de traçabilité et d’efficacité pour une meilleure gouvernance minière. A la RDC de développer une bonne politique pour réussir cette transition de manière inclusive et durable.
