Skip to content
Menu
oisillonsinfos.org
  • Accueil
  • À propos de
  • Blog
  • Contact
oisillonsinfos.org

Ressources africaines : Le grand pillage commence par l’incompétence. (Libre opinion)

Posted on 13 mai 2026

Par Mahaman Laouan Gaya

Expert en énergie et pétrole

Ancien Ministre du Niger

Corruption intellectuelle, nominations clientelistes et contrat opaques fragilisent la souveraineté des États africains sur leurs ressources. Sans rupture avec la médiocrité et recentrage sur l’expertise nationale, le sous-sol africain restera un terrain de chasse pour intérêts étrangers et élites rentières.

La souveraineté ne se proclame pas dans les discours grandiloquents : elle se construit par la rigueur, la compétence et le courage politique. Tant que la médiocratie et la corruption intellectuelle gangrèneront nos institutions, les juniors minières et pétrolières continueront leur macabre pillage légalisé en toute impunité, se gavant sur le dos d’un continent qui refuse de grandir, une Afrique qui refuse de se développer.

Pourtant, cette Afrique n’a pas besoin de charité, ni de ces ‘’partenaires stratégiques’’ aux promesses mirobolantes et aux slides clinquants. Elle doit crier un ‘’NON’’ ferme, clair et définitif à tous les contrats d’ignorance et de complaisance. Par ailleurs, nos Etats ne peuvent plus continuer l’erreur de confier des responsabilités aussi vitales et stratégiques que le secteur extractif à des ‘’bras cassés’’, choisis uniquement pour leur loyauté politique, leur uniforme ou leur quelconque appartenance.

Celui qui a choisi une carrière, quelle qu’elle soit, doit y exceller ; on ne décrète pas du jour au lendemain quiconque compétent pour gérer les ressources minières, le pétrole ou l’uranium par simple opportunisme politique. On ne pilote pas un gisement comme on improvise une cérémonie. Ces personnes n’ont jamais été formées pour ces responsabilités, et certains n’ont même jamais de leur vie mis pied sur un site minier, vu un derrick pétrolier ou visité l’intérieur d’une raffinerie de pétrole.

Cette intrusion grotesque de profils non qualifiés dans des fonctions techniques n’est pas une simple erreur : c’est une insulte à l’intelligence africaine et une capitulation honteuse devant la médiocrité. En agissant ainsi, l’État ne commet pas une maladresse : il livre volontairement les clés du coffre-fort national aux prédateurs. Pourtant, notre continent regorge de jeunes cadres hautement qualifiés, formés à grands frais dans les meilleures institutions internationales du pétrole et des mines, compétents, intègres et loyaux… souvent maintenus à distance ou restés en expatriation.

Beaucoup rechignent aujourd’hui à rentrer, écœurés par le mépris infligé aux compétences nationales et par le spectacle pathétique de partenariats conclus avec des juniors opaques et peu crédibles. Par ailleurs, un État qui se prétend souverain ne doit pas se rabaisser au rang de proie facile pour des sociétés juniors sans capitaux, sans expertise et sans honneur.

Il serait souhaitable que les États africains traitent d’égal à égal – par le canal officiel des ministères des affaires étrangères et des ambassades – avec des partenaires de stature mondiale : Gazprom, Rosneft, Saudi Aramco, CNPC, PetroChina, ExxonMobil ou Royal Dutch Shell. Le sérieux n’est pas garanti par la taille, certes, mais l’amateurisme l’est souvent par le vide.

Le jour où l’intelligence africaine redeviendra incorruptible et où la compétence sera enfin placée au-dessus de la docilité servile, le sous-sol cessera d’être une malédiction. La vraie indépendance ne commencera que lorsque nous cesserons de sacrifier l’avenir de nos peuples sur l’autel de la loyauté aveugle. Alors, si nous continuons à nous mentir, l’Afrique restera ce vaste self-service où incompétents, arrivistes et opportunistes de tous bords prennent place au buffet, pendant que les juniors arnaqueuses emportent l’addition.

Terrain idéal pour les prédateurs, désastreux pour les peuples ; le chemin reste difficile, semé d’embûches et de contradictions, mais au moins la question est désormais posée, sans trembler : à qui doivent réellement profiter l’or, l’uranium, le pétrole et les autres richesses du sous-sol de nos pays ? Voilà une question adulte, et les questions adultes dérangent toujours les rentiers.

L’Afrique a donc désormais le choix : continuer à se ridiculiser comme simple décor d’un théâtre spéculatif étranger, ou redevenir enfin maîtresse de son destin.

Dans tous les cas, l’histoire sera impitoyable envers ceux qui choisiront la première voie ; la seconde est royale, mais elle exige du courage, de la rigueur et une rupture radicale avec la médiocrité. Et lorsque l’Afrique choisit la compétence, ce sont les africains qui gagnent.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Editoriale

Oisillons infos est un média associatif,  branche de l’ASBL Oisillons Group. Elle est dédiée au traitement de l’actualité et des enjeux liés aux ressources naturelles avec un accent particulier sur le secteur média.

Le média propose des analyses et contenus pédagogiques visant à informer et sensibiliser le public sur les enjeux de la gouvernance des ressources naturelles dans une perspective de gouvernance durable.

Notre ligne éditoriale repose sur:

  • Une information rigoureuse et accessible
  • La mise en contexte des faits économiques, sociaux et environnementaux
  • La promotion d’une gouvernance responsable et durable des ressources naturelles.
Flore KAYALA
Journaliste indépendante
Desk: Ressources naturelles et Genre
Coordinatrice ASBL OISILLONS GROUP
©2026 oisillonsinfos.org | WordPress Theme: EcoCoded