
Par M. Mahaman Laouan Gaya,
Expert International en Energie & Pétrole,
Ancien Ministre de la République du Niger
La destruction de la Libye en 2011 par l’OTAN n’était pas une ‘’opération humanitaire‘’; c’était une guerre pour les hydrocarbures libyens, orchestrée par Paris et Washington pour éliminer Kadhafi, qui rêvait d’une Afrique souveraine et d’une monnaie commune africain. Depuis, le pays est dans un chaos où milices et firmes occidentales se disputent les champs pétroliers.
Le Sahel (particulièrement dans la zone dite des ‘’trois frontières‘’ – Burkina Faso, Mali, Niger) tout entier en paie aujourd’hui le prix : trafic d’armes, terrorisme islamiste instrumentalisé, instabilité qui justifie la présence militaire occidentale permanente (Barkhane, puis ses avatars).
Au Nigeria, Total (désormais TotalEnergies) et les majors anglo-saxonnes (Shell,…) exploitent le delta du Niger dans l’impunité, laissant derrière elles pollution, pauvreté et conflits armés. Les États-Unis, via AFRICOM, multiplient les bases pour ‘’sécuriser‘’ les flux énergétiques.
L’objectif est clair : empêcher toute industrialisation africaine et maintenir le continent comme simple fournisseur de matières premières brutes…. c’est l’impérialisme énergétique dans sa forme la plus brutale.
L’Afrique n’est pas pauvre : elle est pillée, par les empires colonialistes occidentaux d’hier et leurs multinationales, qui perpétuent depuis des décennies un système néocolonial de spoliation systématique de nos ressources énergétiques et minières.
Ce n’est pas une métaphore : c’est une réalité historique et actuelle, faite de contrats léonins, de pollution massive, de corruption d’élites locales, de pressions militaires et financières, et de guerres par Procuration
Les souffrances des peuples : pauvreté énergétique et conflits fabriqués
Pendant que les empires s’enrichissent, les peuples meurent.
Un continent riche en ressources, condamné à l’obscurité
L’Afrique possède actuellement au moins 30% des réserves mondiales de pétrole, d’immenses gisements de gaz (même si les statistiques occidentales tendent à sous-estimer délibérément le potentiel en hydrocarbures du continent noir), l’uranium le plus riche de la planète et un potentiel solaire inégalé. Pourtant, plus de 600 millions d’africains n’ont pas accès à l’électricité.
En Afrique noire (moins l’Afrique du sud), les coupures d’électricité sont quotidiennes, les industries locales meurent faute d’énergie fiable. Le ‘’déficit‘’ énergétique n’est pas naturel : il est programmé.
Les multinationales exportent la quasi-totalité de la production brute ; les raffineries locales sont rares, obsolètes ou sabotées.
Les peuples paient le carburant au prix fort pendant que leur sous-sol enrichit l’Occident. Les statistiques sont accablantes : l’Afrique subsaharienne n’a capté que 2,3% des investissements mondiaux dans les énergies renouvelables en 2024 ; et ce n’est pas un manque de volonté, mais plutôt un refus délibéré des puissances dominantes de laisser l’Afrique se développer.
À suivre
