Skip to content
Menu
oisillonsinfos.org
  • Accueil
  • À propos de
  • Blog
  • Contact
oisillonsinfos.org

Décryptage : L’Afrique au cœur des jeux des puissances de la transition énergétique (Partie II)       Quand l’extraction devient une économie de capture

Posted on 29 janvier 2026
Image de droit tiers

Par Mahaman Laoun Gaya

Expert International de nationalité Nigérienne.

Domaines de travail : Gaz et Pétrole Homme Politique, Universitaire et Ministre Honoraire.

Dans notre précédente analyse, Nous avons montré comment l’Afrique occupe une place centrale dans la transition énergétique mondiale grâce à l’abondance de ses minerais hydrocarbures stratégiques.

Cependant, cette centralité géologique ne se traduit pas par un pouvoir décisionnel réel sur les chaines de valeur et le prix. La transition énergétique s’apparente à une guerre feutrée où contrats, normes ESG, financements  et influences remplacent les conflits armés directs. 

Dans les Etats fragiles, les ressources alimentent conflits, groupes armés et ingérences étrangères. Cobalt, or, uranium, pétrole et gaz deviennent des monnaies de pouvoir plutôt que des leviers de développement. L’Afrique reste souvent un terrain de rivalités géopolitiques plus qu’un acteur stratégique. Cette situation résulte de faiblesse institutionnelle, contractuelle et industrielle persistantes.

Transformer cette richesse en puissance durable exige des Etats forts, souverains et une vision industrielle de long terme.

Quand l’extraction devient une économie de capture

La prédation moderne en Afrique ne se fait plus à la baïonnette, mais à travers les contrats, la finance et le droit. Des compagnies extractives opportunistes exploitent la naïveté, la désorganisation et parfois la complicité des États africains…eux-mêmes. Hier, comme aujourd’hui, l’environnement extractif africain est envahi, entre autres par les multinationales tristement célèbres dans le pillage en règle des ressources extractives des pays sous-développés, tels que les majors français Orano (1er producteur mondial d’uranium, ex-CEA, ex-Cogema, ex-Areva), TotalEnergy (hydrocarbures), les américaines ConocoPhilips (hydrocarbures), AngloAmerican, AngloGold Ashanti, BHP Billiton, Rio Tinto (mines), la chinoise CNCP (pétrole).

Anatomie d’un pillage légal dans une Afrique de médiocratie

 À ce paysage des majors-multinationales s’ajoutent des juniors minières et pétrolières venues des États-Unis, du Canada, d’Australie, du Royaume-Uni, d’Espagne et même du Nigéria, souvent sous-capitalisées, opaques, de très tristes réputations, inconnues (même dans leurs pays d’origine) et/ou engluées dans de nombreux scandales politico-financiers et du reste très peu recommandables.

A la limite, ce sont des aventuriers et escrocs internationaux (ce n’est pas méchant de le dire – juste un constat de triste réalité) à l’instar de Petro-Tim, des très sulfureuses Savannah Energy Plc (pétrole, énergie éolienne et énergie solaire), Olive Energy, Zimar inc, les minières Goviex, Geovic Mining Corp, Randgold Resources, Resolute Mining, Semafo, Etruscan, l’espagnole Rio Norcea Recursos, ou encore les sociétés Labana, Sirius Energy Resources, Advantica Gas & Energy du Nigéria, etc…

À elles seules, ces compagnies incarnent une forme moderne de colonialisme économique : elles ne pillent pas avec des armes, mais avec des contrats et des clauses légales, transformant le droit en instrument de capture. Les juniors minières et pétrolières ne prospèrent pas que par ruse, mais aussi par opportunité, et leur principal complice n’est pas l’investisseur étranger, mais l’État africain lui-même, désarmé par son ignorance et paralysé par son clientélisme (nulle part dans le monde, vous ne trouverez un Etat qui se dresse contre lui-même, si ce n’est qu’en Afrique dite francophone… Que Dieu nous en garde !) …et cela s’explique : dans les couloirs des ministères en charge des mines et des hydrocarbures et ceux des sociétés nationales des mines et du pétrole, la pauvreté intellectuelle est parfois plus accablante que la pauvreté matérielle.

On signe les contrats plus vite qu’on ne les comprend, laissant les ressources naturelles, théoriquement leviers de puissance, devenir malédictions contractuelles. Ce paradoxe est vieux comme la décolonisation : une Afrique riche de tout, sauf de rigueur et de vision. C’est justement à travers cette ‘’fissure‘’ que s’infiltrent ces juniors minières et pétrolières : de petites compagnies étrangères sans capital industriel, souvent ‘’logées‘’ dans des bureaux virtuels, mais expertes en communication financière.

Elles ne creusent pas le sol : elles exploitent la naïveté des États et l’incompétence des élites locales. La médiocratie africaine, elle, leur ouvre grandement les bras. Le problème de l’Afrique n’est pas le manque de richesses, mais l’abondance de dirigeants médiocres qui les bradent. Dans ce vide moral et intellectuel, le capitalisme de prédation prospère, déguisé en business légal et légitimé par les contrats ; et les juniors minières et pétrolières occidentales prospèrent comme des champignons après la pluie : ce sont les agents discrets d’un capitalisme de prédation sous drapeau (pour ne pas dire ‘’pavillon de complaisance‘’) légalisé.

Ce système prospère parce que les États africains, souvent gouvernés par des oligarchies prédatrices incompétentes et/ou compromises, offrent les permis stratégiques sans exigence de garanties techniques ou financières. Ces mécanismes transforment la richesse africaine en profits étrangers, parfois sans même qu’une guerre traditionnelle n’ait lieu. Tant que ces castes politico-financières n’assumeront pas la compétence, la transparence et le courage stratégique, le sol africain restera un terrain d’exploitation, et non un moteur de souveraineté et de développement.

 L’Afrique peut choisir : rester spectatrice et continuer à nourrir un système de dépendance et de spoliation, ou reprendre en main son destin, imposer ses règles et transformer ses richesses en instruments de puissance et d’émancipation nationale. 

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Editoriale

Oisillons infos est un média associatif,  branche de l’ASBL Oisillons Group. Elle est dédiée au traitement de l’actualité et des enjeux liés aux ressources naturelles avec un accent particulier sur le secteur média.

Le média propose des analyses et contenus pédagogiques visant à informer et sensibiliser le public sur les enjeux de la gouvernance des ressources naturelles dans une perspective de gouvernance durable.

Notre ligne éditoriale repose sur:

  • Une information rigoureuse et accessible
  • La mise en contexte des faits économiques, sociaux et environnementaux
  • La promotion d’une gouvernance responsable et durable des ressources naturelles.
Flore KAYALA
Journaliste indépendante
Desk: Ressources naturelles et Genre
Coordinatrice ASBL OISILLONS GROUP
©2026 oisillonsinfos.org | WordPress Theme: EcoCoded